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spectacle Anatomies 2008 / Brazzaville – Saint-Brieuc création 2008

écrit et mis en scène par Roland Fichet, en collaboration avec le chorégraphe Orchy Nzaba

production : Théâtre de Folle Pensée, Saint-Brieuc //
en coproduction avec : Compagnie LiSangha, Brazzaville / CCF André Malraux, Brazzaville /
Théâtre National de Bretagne, Rennes // avec l'aide de : culturesfrance.

Morceau de viande  
Hospitalité
réciproque
 
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Chroniques des
répétitions
 
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Chroniques des répétitions
par Alexandre Koutchevsky   
dramaturge, assistant à la mise en scène


#1 — premiers jours de travail / partir du corps#3 — la séquence dans son paysage
#2 — comme un feu de bois 

Chroniques des répétitions #1

Anatomies 2008 se compose de trois pièces écrites par Roland Fichet : « Ça mon corps », « Couples. 7 duos » et « L’étrange étranger ». Le mercredi 5 mars, l’équipe se réunit dans le studio de danse du Centre culturel français André Malraux de Brazzaville pour une première lecture des deux premières pièces. « Couples. 7 duos » et « L’étrange étranger » seront joués dans les cours des quartiers de Brazzaville sous le titre « Des corps dans les cours », « Ça mon corps » sur le plateau du CCF.

Le studio de danse du CCF possède une grande baie vitrée ouverte en permanence durant le travail. Dehors, une petite cour ombragée. Dans le studio, un piano à queue très usé, un miroir, une barre, du plancher, quelques vêtements sur une penderie (robes, costumes, chemises). Il fait tranquillement chaud. Odeurs légères. Bruits de la ville, voitures, cris, voix au loin.

Nous travaillons ensemble de 8h30 à 13h puis de 18h à 21h. Souvent, derrière nous dans la cour (et donc face aux acteurs/danseurs en travail) des personnes s’arrêtent pendant quelques minutes ou parfois une heure. Des employés du CCF passent avec des brouettes, des chaises, des caisses. Ceux qui s’arrêtent et ceux qui passent profitent de cette baie vitrée toujours ouverte sur les répétitions. Pas question ici de se cloîtrer pour travailler.

PREMIERS JOURS DE TRAVAIL / PARTIR DU CORPS

D’emblée Roland Fichet annonce qu’il souhaite qu’on « dépasse la question de la danse au théâtre ». À tous, acteurs et danseurs, l’auteur/metteur en scène demande de commencer par mettre le corps en jeu. Le second jour, après un long échauffement collectif dans la petite cour de sable-terre, le premier exercice consiste à créer chacun « une phrase corporelle ». Ce n’est pas tout à fait danser. Ce n’est pas jouer non plus. Mais ce sont les trois comédiens qui semblent appréhender le plus cet exercice quand la veille les danseurs étaient moins à l’aise pour la lecture des textes.

Chacun arrive avec ses capacités, mais également ses projections sur ce que peut un danseur, un acteur. L’exploration poussée des rapports de porosité entre les qualités de danseur et celles d’acteur constitue un des enjeux au cœur du travail. Quarante-cinq minutes plus tard chacun propose sa phrase corporelle, plus ou moins longue, plus ou moins fluide. Successions de postures pour certains, enchainements souples pour d’autres. L’auteur/metteur en scène repère des gestes, des expressions de visage, des ports de corps, des vitesses d’exécution, signale ce qui lui paraît fort, encourage, s’amuse, remue sur sa chaise.

Un geste revient souvent dans les propositions des acteurs/danseurs : une main saisit un pied, un bras ou une autre main, et le met en mouvement, parfois avec violence. Le corps se désarticule et se réarticule ainsi de manière étrange, faisant surgir parfois d’étonnantes chimères. Princia Jéarbuth Hervienne Biyela propose ainsi une marche contrainte, saccadée, où la main semble mouvoir le pied.

Deuxième étape de l’exercice : un acteur/danseur reprend la phrase corporelle qu’un autre vient de proposer. Roland Fichet crée ainsi deux couples de travail (Flora et Stik ; Damien et Princia) et un trio (Destinée, Byb, Au Carré). Transmission de gestes, de postures, de mimiques. Celui qui a proposé la phrase, reprend, corrige celui qui la refait. Premières ébauches de complicités entre acteurs/danseurs congolais et français. Le langage refait son apparition pour permettre de partager les codes et les vocabulaires du corps en mouvement. Il faut décrire à l’autre ce qu’on a fait soi-même. Cet exercice est placé sous le signe de l’hospitalité réciproque : petit à petit le metteur en scène demande aux acteurs/danseurs d’accueillir dans leur solo une part de la proposition de l’autre.

Le texte cependant ne tarde pas à faire son apparition. Il est introduit par l’auteur/metteur en scène dès le lendemain, troisième jour des répétitions. Assis près du piano, Roland Fichet choisit des textes et les lit aux acteurs/danseurs, réplique par réplique, afin qu’ils les disent en même temps qu’ils réalisent leur phrase corporelle. Comment insérer les mots dans la phrase corporelle ? « Privilégiez la continuation de l’enchainement avant de parler ». Le texte surgit, heurte la fluidité, le mot vient mettre son grain de sel dans les corps. Immédiatement surgissent quelques coïncidences signifiantes, mais pour l’instant le texte et la phrase corporelle continuent de suivre leur propre chemin. Il ne s’agit pas encore d’articuler, simplement de juxtaposer ces deux éléments de travail en repoussant le rapport d’illustration.

Que disent les corps sans les mots ? Comment les textes vont-ils s’inscrire dans la trame des phrases corporelles ? Comment les syntaxes corporelles et textuelles vont-elles s’agencer ? Vers quels types de sens et de sensations font tendre le texte, le corps ? Les textes brefs d’Anatomies 2008 répondent à leur manière à ces questions. Ils mettent tous en jeu des personnages aux prises avec leur désir, avec ce qui, dans leur corps, parle pour eux, plus loin qu’ils ne le voudraient ou qu’ils ne l’imaginent. En faisant collaborer danseurs et acteurs, Roland Fichet cherche ce qui va parler dans les corps en jeu, ce qui va dialoguer avec ses textes.

 
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