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spectacle Anatomies 2008 / Brazzaville – Saint-Brieuc création 2008

écrit et mis en scène par Roland Fichet, en collaboration avec le chorégraphe Orchy Nzaba

production : Théâtre de Folle Pensée, Saint-Brieuc //
en coproduction avec : Compagnie LiSangha, Brazzaville / CCF André Malraux, Brazzaville /
Théâtre National de Bretagne, Rennes // avec l'aide de : culturesfrance.

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Chroniques des répétitions
par Alexandre Koutchevsky   
dramaturge, assistant à la mise en scène


#1 — premiers jours de travail / partir du corps#3 — la séquence dans son paysage
#2 — comme un feu de bois 

Chroniques des répétitions #2

Samedi 22 mars, dans le village de Maty, à 40 km de Brazzaville, nous fabriquons un feu pour tenir la nuit entière. La végétation à Maty est abondante et variée, notre feu est constitué de différentes sortes de bois : manguier, avocatier, bouleau, baobab… les morceaux sont de tailles différentes, de la branche au tronc. Dureté, souplesse, écorces, couleurs, odeurs, chaque morceau possède son identité particulière. Une fois l’armature du feu construite, les branchages disposés, reste à craquer l’étincelle, introduire la flamme au cœur de la petite pyramide. Les brindilles s’enflamment en premier, puis les branches, et un peu plus tard, quand la chaleur est assez forte, les troncs commencent à fumer par leurs extrémités. Tout au long de la nuit, le feu grandit, faiblit, produit plus ou moins de fumée, on le réalimente, le vent l’attise, ses bruits changent…

COMME UN FEU DE BOIS

La mise en scène que construisent Roland Fichet et Orchy Nzaba fonctionne comme un feu de bois : par accumulation pensée d’éléments disparates destinés à brûler ensemble. Les interprètes sont les flammes. Liste des éléments apportés tout au long des trois premières semaines de répétition : textes d’Anatomies 2008, gammes corporelles, tags sonores (micro-décrochages de la voix, chausse-trappes rythmiques), couleurs (des maquillages, des pigments), objets scénographiques (cabines de bois, trois chaises blanches de tailles différentes, cadres), costumes.

La mise en scène d’Anatomies 2008 s’appuie sur une méthode structurale : des éléments disparates sont apportés petit à petit, mis à disposition des interprètes, sans que le metteur en scène ne donne de consignes quant à la manière de les agencer, de les faire jouer ensemble. Au fil du travail, des connexions, des coïncidences signifiantes apparaissent entre une posture et un mot, un déplacement et une couleur. On greffe un costume sur une situation, une phrase corporelle sur une séquence de texte, puis on regarde si la greffe fonctionne.

Il s’agit de penser en termes de recompositions imprévisibles plutôt qu’en termes de prévisions. Il n’y a surtout pas de message à atteindre ou à délivrer, nous parions sur le fait que le sens va surgir dans le jeu des écarts, des contrastes. Les interprètes, par leurs figures et mouvements dansés, essaient de ne jamais illustrer le texte, mais de jouer les rapports, les rythmes, induits par ce dernier.

SURPRIS PAR UN HABIT

Dans cette mise en scène qui fonctionne comme un feu de bois, procédant par associations d’éléments disparates, creusements du sens, juxtapositions poétiques, nous sommes amenés à reformuler, par exemple, la question des costumes : « on ne s’habille pas » mais un vêtement vous tombe dessus, on s’empare d’un vêtement, on est surpris par un vêtement, quelqu’un peut vous habiller sans crier gare. De même, pour ce qui concerne les pigments et maquillages, « on ne se maquille pas », on attrape une couleur, on est surpris, effleuré par une couleur.

CE QUI NOURRIT

Au fil du travail, Roland Fichet nourrit les acteurs/danseurs de nombreuses phrases, références, réflexions. En voici quelques unes saisies parmi ces premières semaines de répétition.

Dans Petite anatomie de l’image de Hans Bellmer : « Il s’agit d’une jeune fille, âgée de 14 ans, d’un physique gracieux, qui avait grandi brusquement de 15 cm au moment de la puberté et dont les premières règles s’accompagnèrent de symptômes hystériques. Au bout de deux mois vinrent des accès de convulsions et d’hyperesthésie, qui lui faisaient prendre pour une barre de fer un fil mis sur sa main. Le mois suivant, après des accès somnambuliques et de divers changements dans le caractère, elle perdit la vision par les yeux en même temps qu’elle acquérait la faculté de voir par l’extrémité du nez et le lobe de l’oreille gauche, tout en conservant la même acuité visuelle. Même transposition de l’odorat qui, plus tard, se déplaça au talon… » (p. 14). Commentaires de Roland Fichet : Le corps est un mystère. Il a des puissances. On est très loin d’avoir fini d’explorer le corps humain. Que peut un corps ? demande Spinoza. Ce qu’on prouve constitue un savoir, mais ce qu’on éprouve en constitue un autre.

Nous regardons tous ensemble un documentaire sur VSPRS d’Alain Platel. Les acteurs/danseurs de ce spectacle ont travaillé à partir des attitudes, réactions corporelles d’hystériques, d’autistes, de malades mentaux. Le résultat est saisissant : les corps sur le plateau sont convulsés, pris de spasmes, jusqu’à une masturbation finale frénétique (sur un magnificat de Monteverdi).

Cherchant à guider les acteurs/danseurs vers des états de corps particuliers, Roland Fichet leur demande : Que se passe-t-il quand on ferme la porte de sa chambre ? comment le corps se comporte-t-il alors ? Essayez de trouver l’état de votre corps quand vous avez refermé la porte de la chambre.

Une phrase Dans le livre d’Hans Bellmer que Roland Fichet a apporté à Brazzaville, quelques lignes surlignées en orange, semblent indiquer tout l’enjeu du travail qui nous attend : « Le corps est comparable à une phrase qui vous inviterait à la désarticuler, pour que se recomposent, à travers une série d’anagrammes sans fin, ses contenus véritables. » (Hans Bellmer, Petite anatomie de l’image, Allia, 2005, p. 45.)

 
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