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spectacle Artemisia vulgaris création 2007

écrit et mis en scène par Marine Bachelot

production déléguée : Compagnie Lumière d'aout, Rennes //
coproduction : Théâtre de Folle Pensée, Saint-Brieuc

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Le projet scénique  
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Le projet scénique

note de l'auteur / metteur en scène


Bilan du premier chantier de création

Un premier chantier de création s’est tenu du 18 avril au 5 mai 2006 au Théâtre de la Paillette à Rennes. Une présentation a eu lieu le 5 mai devant le personnel du Théâtre et les comédiens amateurs ayant pris part aux séquences vidéo.

Ce chantier a été l’occasion d’entamer avec les interprètes un travail d’appropriation et de traversée de la pièce : sur le plateau et dans les corps, éprouver la langue du texte, les rythmes, les enchaînements, les mouvements de sens et leurs ruptures, les rapports qui peuvent se jouer et s’inventer entre ELLE et les récitants – puisque le texte lui-même n’induit pas de situations théâtrales pré-établies.

__Scénographie

Le dispositif plastique et scénographique que Bénédicte Jolys et moi avions imaginé en amont a été également expérimenté : des récipients de verre transparents sont devenus base du décor et accessoires de jeu, la projection de photographies et de séquences vidéo a cherché ses modes de cohabitation avec les acteurs sur le plateau.

La scénographie expérimentée lors du chantier dessine un espace à la fois mental  et concret, habité par l’héroïne. Une sorte de « chambre d’Artemisia », avec ses zones d’appel et de sortie (la « forêt » de branchages qui envahit l’arrière-scène, l’écran en mouvement où se projettent photographies et vidéos, etc.).

__Photographies

J’ai passé commande à Caroline Ablain d’une série de 12 photographies, correspondant aux 12 lieux de rencontre que ELLE évoque et décrit dans la première partie du texte (« Le Voyage »). J’aime en effet depuis longtemps l’étrangeté frappante des photos d’intérieurs vides de présence humaine que réalise la photographe. Son regard m’a paru particulièrement précieux pour évoquer les espaces surmodernes dans lesquels le personnage principal évolue. Dans le spectacle, les photographies n’ont pas de vocation illustrative : elles viennent accompagner et ponctuer le récit, installer ou contredire l’univers, sous forme de grandes projections sur un écran rotatif conçu par Bénédicte Jolys.

__Vidéo et participation de comédiens amateurs

Des images vidéo interviennent pour renforcer et donner une dimension supplémentaire au chœur de CEUX QUI PARLENT AUTOUR D’ELLE, assumé principalement sur le plateau par Claire Péron et Stéphane Piveteau : d’autres voix et visages, sous forme de mosaïques multi-screen, interviennent au cours du spectacle et  participent au récit. Ainsi l’idée d’un plus grand nombre de récitants et de témoins peut-elle être restituée, à mi-chemin entre récit médiatique et récit mythique, ouvrant l’espace du hors-scène, du monde.

Les images vidéo ont été réalisées avec un groupe de 14 comédiens amateurs désireux de travailler sur le texte et de tenter l’expérience, sur la base du volontariat. Un week-end de travail, du 21 au 23 avril 2006, a permis de réaliser de premières captations vidéo en extérieur et intérieur. Les images ont été ensuite assemblées et montées par Julie Pareau.

Trouver des formes pour faire travailler amateurs et professionnels ensemble est une démarche à laquelle Lumière d’août tient particulièrement. Le projet scénique d’Artemisia vulgaris offre de surcroît la possibilité d’intégrer les comédiens amateurs (en vidéo) dans la création du spectacle.


Quelques notes pour la future création

Le geste de mise en scène souhaite continuer de travailler, comme le texte, à la jonction du poétique et du politique. Dans l’idée d’un théâtre qui mette en lumière les comédiens, comme passeurs et acteurs ludiques du verbe et du récit, comme vecteurs conscients (mais pas nécessairement pesants) du propos politique.

De plus en plus s’affirme la place centrale et structurante de ELLE, figure qui vit des métamorphoses permanentes, qui joue à épouser des identités multiples et à tracer sans cesse, non sans humour, des lignes de fuite. ELLE, Artemisia vulgaris, femme banale ou prostituée de luxe, ou espionne terroriste, ou déesse, ou plante, ou Christ femelle... Ce jeu de métamorphoses sera un axe pour la comédienne principale. Le chœur de récitants peut accompagner ces métamorphoses, en être complice ou se positionner en contraste par rapport à elles. Les récitants jouent aussi un rôle d’intermédiaire entre le public et ELLE, comme meneurs du récit, comme vecteurs de sa portée politique : rapport de proximité et d’adresse avec les spectateurs, rapports de distance ou d’intimité avec ELLE, dans des allers-retours ou une progression selon les moments du récit, autant d’occasions d’expérimenter des niveaux et modes de jeu différents, contrastés.

Si le dispositif scénographique et plastique d’Artemisia vulgaris est conséquent, la technique restera au service de la dramaturgie. Le dialogue avec la scénographe se poursuit, d’autres matières plus sensuelles (cellophane, lycra et latex) sont évoquées comme pouvant structurer l’espace ou encore envahir les corps des acteurs, en écho au texte. La notion de « zone de jonction » intéresse particulièrement Bénédicte Jolys, qui cherche à en trouver des traductions scénographiques multiples.

La présence de matériaux, sons et supports visuels documentaires (photos de chefs d’État, radio réglée sur France Info diffusée en direct, etc.) est un autre paramètre auquel je tiens, qui « politise » l’univers scénique, crée un lien brut avec la réalité politique extérieure, et renvoie aux modes d’écriture du texte (collage, montage, insertion).

Artemisia vulgaris est une pièce-récit sobre, qui dans sa réalisation scénique ne veut pas pour autant se priver de jeu, d’incarnation, de débordements plastiques ou politiques.

 
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