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Le climat océanique, humide et doux en hiver ainsi que la nature limoneuse des sols favorisent la culture des légumes dans la baie de Saint-Brieuc (ou Saint-Brieuc des Choux).
À la suite des échecs commerciaux de son mari à Laval, Mme Caroline Jarry le quitte et s'installe avec ses deux enfants Charlotte et Alfred chez son père, juge de paix en retraite, à Saint-Brieuc.
Alfred Jarry est élève au Lycée de Saint-Brieuc d'octobre 1879 à juillet 1888.
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À partir de 1885, il compose ses premiers poèmes et comédies en vers et en prose, qu'il conserve dans un dossier qu'il intitulera, probablement en 1897-1898, Ontogénie. Le titre adopté par Jarry marque la fonction qu’il attribuait à ces textes par rapport au reste de son œuvre. Il précise d’ailleurs en sous-titre : « Pièces […] qu’il est plus honorable de ne pas publier. » (source : Œuvres Complètes, Éditions Gallimard, coll. La Pléiade, 1972)
Le texte Saint-Brieuc des Choux fait partie de Ontogénie :
Saint-Brieuc des Choux
À Saint-Brieuc des Choux tout est plus ou moins bête,
Et les bons habitants ont tous perdu la tête.
À deux lieues est la mer, à deux pas les fumiers,
Et, du matin au soir, d’innombrables pompiers
Promènent en tous lieux leur pompe brévetée (sic).
Grâce à Rouget, pourtant, l’odeur est supportée.
Parlons donc du lycée ! Au premier rang, les pions.
Combien dit-on contre eux de malédictions,
Quand le méchant Sicca, d’une voix bien revêche,
Gronde, l’une après l’autre, et la Tête-de-Seiche,
Autrement dit Roupias, et son ami Pasfort.
Pasfort s’en gêne peu : pas plus mal il n’en dort.
Mais il n’est plus ici : laissons donc cet élève.
De célestin dans l’air parfois la voix s’élève,
Qui vous hurle bien fort, avec des yeux grognons,
Tandis que les gamins lui jettent des trognons :
« J’ai des papiers de toute espèce ;
J’en ai de propres, de souillés ;
À bien bas prix je vous les laisse ;
Je vous en prie, achetez-les. »
Les jours d’inspection, toujours Monsieur l’Estime
Et l’examinateur vous font un bien grand crime
De ne pouvoir leur dire (oh ! sans les agacer !)
Ce qu’est le radical, mais il faut les laisser.
Ce qui me plaît le plus, c’est, pendant les vacances,
D’aller me promener, mais non d’aller aux danses ;
Et, si vous m’en croyez, répétez avec nous :
« Ah ! quel triste pays que Saint-Brieuc des Choux ! »
Jarry savait peut-être, qu’au-delà du sobriquet, la ville de Saint-Brieuc s’était véritablement appelée, sans doute au XVIIème, Saint-Brieuc-des-Choux. Voici ce que l’on trouve à ce sujet sur le site des archives du conseil général des Côtes d’Armor :
« Il y a aux environs de Saint-Brieuc, un petit canton où la culture des terres est depuis longtemps portée à son plus haut point de perfectionnement. » (Duhamel Du Monceau, Traité de la culture des terres, 18e siècle).
« Le sable de mer, les engrais de tous genres ont fait des terres de Langueux des jardins véritables où une foule de légumes naissent abondamment. » (Ogée, Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, 1780).
Tout cela fait que :
« Selon Florian Le Roy, dans "Vieux métiers bretons", Coop Breizh, 1992, réédition de 1944, Saint-Brieuc-des-Vaux[1] est devenu Saint-Brieuc-des-Choux, depuis cette année 1696, peut-être, où, la culture légumière atteignant un tel rendement, le Chapitre s'empressait de prélever une dîme "sur les choux et autres légumes". Mais dans les badinages du folklore, on ne manque pas de qualifier les paroissiens de Finiâ (Yffiniac) de "têtes d'oignon". »[2]
[1] L’appellation Saint-Brieuc-des-Vaux désigne Saint-Brieuc et se rencontre en 1394. La graphie de Saint-Brieuc a évolué au cours des siècles : Sanctus Briocus 1032, Saint Brieuc la Cité en 1296, Sainct Brieuc des Vaulx en 1381, Saint Brieuc Des vaux en 1394, Port-Brieux pendant la révolution, Saint-Brieux en 1801, Saint-Brieuc depuis 1802.
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