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référence
070003
date de réalisation
mars 2007
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nature du document
Note
rédaction
Christian Prigent, auteur, président de l'association « 22 : Jarry 2007 ! »
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__Notes de Christian Prigent sur le parcours de La Jarry « petits mollets »

Vallée du Gouët
On sait par les Notes de Charlotte Jarry (texte paru en 1932) que son frère aimait descendre de la ville vers la vallée, Le Légué et la mer. Il allait souvent pêcher dans le Gouët et (dit Patrick Besnier) conserva toute sa vie une photographie du port du Légué collée sur carton.

Le Bois-Boissel
Charlotte évoque aussi «les pêches aux goujons dorés à Bois-Boissel, à Saint-Brieuc, où de grands papillons sont pareils aux feuilles mortes.»[1]

Trémuson
Le site tout proche des mines (de plomb argentifère) de Trémuson sert de décor au chapitre VI du Livre II de Les jours et les nuits, roman paru en 1897. Sous titré «Roman d'un déserteur», ce livre est largement autobiographique. Au Livre II, Chapitre VI, le héros, Sengle, bien que malade et consigné à la caserne où il fait son service militaire, va rejoindre à Trémuson son ami Valens. Tous deux vont prendre un bain "purificateur" dans une sorte de piscine aménagée par le recteur du bourg.

Consul Romanus
« Le lit de prisonnier de Sengle emporté au courant du fossé nagoyer et dévoré par la petite arche du pont du champ, il marcha sur la route dorée avec Valens.
Elle se déroula longtemps au dévidoir du moulin proche; puis les genêts semblables à du charbon vert où cuisaient des moules tout ouvertes, se consumèrent, et ce fut la fumée, et les bâtiments sombres de la mine d'argent.
On n'avait plus que le souvenir de ce qui était jaune : les fleurs et le soleil, à la manière des zoophytes qu'on touche, avaient dû remporter la vie dans les cavernes de la terre.
Ils descendirent comme on dégringole une échelle et comme une chute d'eau devient bifide et marche humainement afin d'enjamber les pierres; et ce furent les thermes souterrains, d'eau douce si proche de la mer qu'elle était piquante au fond de crabes et d'insectes des mares. Et ils se baignèrent.
La piscine, creusée par le recteur du petit bourg, évoquait un rond bénitier de granit, ou une coquille marine, parce qu'elle étendait de parasitaires antennes de jonc sur un bord; ou un étang couvert, servant de sépulcre, sous une église.
Valens nagea, puis il fut debout au milieu de l'eau pas profonde, glabre et d'or comme une statuette, avec les cheveux pareils à un trou sur la fumée chaude, et qu'essayait d'imiter le minerai. Si l'on pouvait raboter le diamant noir, il s'était coiffé des copeaux.
Et comme on apporte un squelette d'argent à l'issue des festins, il se courba, et parmi ses muscles denses son dos sourit de neuf délicates vertèbres. Sa poitrine d'or très fauve claqua doucement l'eau plate, et ses hanches s'entrevirent plus brunes depuis les côtés, comme d'un faune qui ne serait pas intermédiaire entre l'homme et la bête, mais éphèbe athlète digne du métal. Puis deux pieds étroits s'écartèrent, divergente fuite de deux poissons de nacre, et Sengle vit l'eau à travers les ongles.
L'ecclésiastique fossoyeur et ondin de la bienfaisante citerne plongea avec eux. Et il plongea très longtemps, comme s'il eût voulu fouir davantage son œuvre. Le vieil enfant soufflait au fond de l'eau pour faire des bulles. Sa bouche expira l'air selon divers gestes, il parla vers la vase, les paroles remontèrent en oscillant et elles firent de petites explosions comme les mots boréaux d'azur et de gueule que dégela Pantagruel. Il ahanna les mots abstraits des contractions de ses joues bretonnes :
« Barailherez », il bâilla, et il ne monta pas de bulles, mais se circonscrivit de petites rides. « Streffiadur… huanad… halan. »
Il éternua, soupira et respira, jouant sous l'eau. Sengle et Valens s'étaient rhabillés et assis sur le bord de la citerne, les mains jointes sur les genoux et les pieds mouvants les joncs, suivant la fuite ondulante au repère des paroles visibles.
« Dominus vobiscum… » apporta une grosse bulle qui éclata joyeusement devant les enfants.
Et l'ecclésiastique reparut vêtu, à l'autre bout de la citerne, derrière des rochers, mit son chapeau noir et s'évanouit en glissant parmi l'encens de la buée, comme le cygne d'argent de la mine, terni jusqu'à la brûlure par les vapeurs sulfureuses. »


__Notes de Christian Prigent sur quelques stations de La Jarry « gros mollets »

Station n°2, Morieux
L'oncle de Jarry (le frère de sa mère Caroline Quernest), Charles-Louis (1841-1887) vivait à Morieux. Il y mena, dit Patrick Besnier, «une vie d'asocial et d'ivrogne, généralement considéré comme fou» (Alfred Jarry,  Fayard, 2005, p.24)

Station n°3, Erquy
Jarry, enfant, s'y rend. Son oncle Amédée Gorvel y est notaire. L'action de l'un des chapitres de L'Amour absolu (1899) s'y déroule (Chap. VIII , Odin). On y évoque une maison de douanier, sans doute celle dont parle Charlotte (sise sur les falaises du cap d'Erquy).
Charlotte Jarry évoque dans ses Notes les journées estivales à Erquy :
«La cabane au bord de la mer. Alfred père juge de paix ; l'abbé Mével, professeur de cinquième ; Monsieur Petit, professeur ami de bon papa. Son fils Cyprien dans les trous de rocher où Alfred très sérieux pêchait la crevette ou des coquillages, un grand chapeau de jonc jusqu'au cou.»

Station n°4 : Lamballe (nommé Lampaul dans l'œuvre)
Là vivaient plusieurs parents de Jarry (son oncle Amédée Gorvel, un autre oncle : Gaston de la Morinière, et ses nombreux enfants).
Dans le chapitre  VII de L'Amour absolu, qui est censé se passer à Lampaul/Lamballe, Jarry décrit en fait l'école primaire de Laval où il était élève. On le comprend via les Notes de Charlotte Jarry qui évoque l'institutrice, Madame Venel (Maria Venel) et les élèves (LA  Zavier, LA Merkeeback, etc).

[1] Toutes les références aux textes proviennent des Œuvres Complètes d’Alfred Jarry publiées dans La Pléiade.

 
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