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spectacle La prière des vaches création 1997
 
 
 
  
  
 
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notes de mise en scène
Effacement

La prière des vaches c’est quarante personnages, parmi lesquels Lankou, le Ministre de l’agriculture, des vaches, un bouvreuil, le pape…

La prière des vaches c’est une douzaine de lieux répartis sur le territoire des Côtes d’Armor.

La prière des vaches c’est un sujet brûlant : « le feuilleton de la vache folle » (les journaux résument ainsi les événements survenus en 1996).

Personnages ?

J’ai choisi d’isoler systématiquement les personnages dans une structure, un cadre qui limite l’espace de jeu mais lui fournit en même temps des appuis et des possibilités de débordement et de transgression. Dans cette mise en jeu, les personnages sont plutôt saisis comme des silhouettes, des figures. On ne peut pas non plus parler d’entrée et de sortie, mais plutôt d’apparition et de disparition, de surgissement et d’effacement.

L’effacement est une des problématiques centrales de La prière des vaches, effacement d’un rapport de l’homme à l’animal, effacement du monde rural au profit de l’industrialisation de la terre et de ses produits.

L’histoire nous est racontée en trois étapes. J’ai souhaité que l’espace de jeu évolue à chacune de ces étapes. Les six premières scènes de La prière des vaches fonctionnent comme des micro-fictions quasiment autonomes ; même si la fiction centrale progresse d’une scène dans l’autre, les ouvertures et les clôtures des scènes sont radicales.

Le décor imaginé par René Delcourt permet de cadrer rigoureusement les personnages et de clore chaque micro-histoire, il permet aussi de voir sans être vu. Cette fonction du témoin, du spectateur — elle sera présente sur le plateau —, me semble très importante. Les médias contemporains font de nous des gens de plus en plus informés, des spectateurs de plus en plus assidus du spectacle du monde… de plus en plus impuissants aussi.

Au cours de la seconde étape, le petit trafic louche de vaches contaminés prend des allures de catastrophe ; le décor s’ouvre, les personnages sont lâchés dans un espace plus vaste.

Mais c’est à la troisième étape que la pièce bascule, avec l’apparition d’un personnage issu de la mythologie populaire bretonne Lankou. Le décor est totalement ouvert sur un espace sans horizon, un espace de fuite : les personnages y sont lâchés comme des pantins et la danse est macabre. Au moment où l’histoire est traitée par l’auteur comme une fable, une épopée politico-fantastique, mon souci a été de « faire sortir la pièce de ses gonds ».

Il y a une sorte de spirale ascensionnelle dans la pièce, et si la sensation de vitesse est donnée par la structure, la langue y contribue beaucoup également.

Comédies rurales ?

Les situations dans lesquelles sont saisis les personnages sont à la fois cocasses et cruelles, l’écriture est pressée et précise, la langue est dure, charnelle. On ne s’attarde pas. Si ruralité il y a — car, après tout, il n’y a pas un seul paysan dans cette pièce — elle est probablement dans les traces de cette origine dans l’écriture.

Les noms propres — patronymes et toponymes — accentués et sonores, scandent les répliques, fournissent du rythme et de la mélodie.
Les images, la syntaxe souvent syncopée, elliptique, rappellent cette façon qu’on a de raconter les histoires dans le milieu rural.

Tout mon effort et celui des acteurs consiste à ne pas rendre cette langue « naturelle », évidente, à lui conserver sa matérialité sonore.

La prière des vaches n’est pas un feuilleton politico-rural c’est avant tout un poème dramatique, une supplique humoristique et cruelle adressée à nous-mêmes, par l’autre part de nous-mêmes, la part cachée, la part animale.

Annie Lucas

 

 
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