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notes
de mise en scène
Effacement
La prière
des vaches cest quarante personnages, parmi lesquels
Lankou, le Ministre de lagriculture, des vaches, un
bouvreuil, le pape
La prière
des vaches cest une douzaine de lieux répartis
sur le territoire des Côtes dArmor.
La prière
des vaches cest un sujet brûlant : «
le feuilleton de la vache folle » (les journaux résument
ainsi les événements survenus en 1996).
Personnages ?
Jai choisi
disoler systématiquement les personnages dans
une structure, un cadre qui limite lespace de jeu mais
lui fournit en même temps des appuis et des possibilités
de débordement et de transgression. Dans cette mise
en jeu, les personnages sont plutôt saisis comme des
silhouettes, des figures. On ne peut pas non plus parler dentrée
et de sortie, mais plutôt dapparition et de disparition,
de surgissement et deffacement.
Leffacement
est une des problématiques centrales de La prière
des vaches, effacement dun rapport de lhomme
à lanimal, effacement du monde rural au profit
de lindustrialisation de la terre et de ses produits.
Lhistoire nous
est racontée en trois étapes. Jai souhaité
que lespace de jeu évolue à chacune de
ces étapes. Les six premières scènes
de La prière des vaches fonctionnent comme des
micro-fictions quasiment autonomes ; même si la fiction
centrale progresse dune scène dans lautre,
les ouvertures et les clôtures des scènes sont
radicales.
Le décor imaginé
par René Delcourt permet de cadrer rigoureusement les
personnages et de clore chaque micro-histoire, il permet aussi
de voir sans être vu. Cette fonction du témoin,
du spectateur elle sera présente sur le plateau
, me semble très importante. Les médias
contemporains font de nous des gens de plus en plus informés,
des spectateurs de plus en plus assidus du spectacle du monde
de plus en plus impuissants aussi.
Au cours de la seconde
étape, le petit trafic louche de vaches contaminés
prend des allures de catastrophe ; le décor souvre,
les personnages sont lâchés dans un espace plus
vaste.
Mais cest à
la troisième étape que la pièce bascule,
avec lapparition dun personnage issu de la mythologie
populaire bretonne Lankou. Le décor est totalement
ouvert sur un espace sans horizon, un espace de fuite : les
personnages y sont lâchés comme des pantins et
la danse est macabre. Au moment où lhistoire
est traitée par lauteur comme une fable, une
épopée politico-fantastique, mon souci a été
de « faire sortir la pièce de ses gonds ».
Il y a une sorte
de spirale ascensionnelle dans la pièce, et si la sensation
de vitesse est donnée par la structure, la langue y
contribue beaucoup également.
Comédies
rurales ?
Les situations dans
lesquelles sont saisis les personnages sont à la fois
cocasses et cruelles, lécriture est pressée
et précise, la langue est dure, charnelle. On ne sattarde
pas. Si ruralité il y a car, après tout,
il ny a pas un seul paysan dans cette pièce
elle est probablement dans les traces de cette origine dans
lécriture.
Les noms propres
patronymes et toponymes accentués et
sonores, scandent les répliques, fournissent du rythme
et de la mélodie.
Les images, la syntaxe souvent syncopée, elliptique,
rappellent cette façon quon a de raconter les
histoires dans le milieu rural.
Tout mon effort et
celui des acteurs consiste à ne pas rendre cette langue
« naturelle », évidente, à
lui conserver sa matérialité sonore.
La prière
des vaches nest pas un feuilleton politico-rural
cest avant tout un poème dramatique, une supplique
humoristique et cruelle adressée à nous-mêmes,
par lautre part de nous-mêmes, la part cachée,
la part animale.
Annie Lucas
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