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production : Théâtre de Folle Pensée, Saint-Brieuc //
en coproduction avec : Festival d'Avignon /
Le Grand R, Scène nationale de La Roche-sur-Yon /
Compagnie La place, Paris |
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La figure démoniaque du coach
J’ai voulu faire un théâtre qui épouserait le mouvement d’une parole se retournant sans cesse contre elle-même, un théâtre qui proposerait au regard la cruauté des logiques que nous mettons en place pour faire face au monde. Et j’ai choisi de mêler l’intime au politique parce que je crois à ce qui pourrait s’inventer sur cette ligne de front. Cette croyance prend parfois une forme paradoxale. La colère de me savoir et de nous savoir à ce point divisés, séparés, absents à nous-mêmes, me fait enfoncer le clou. Surgit alors la tentation d’un portrait aplati de mes contemporains, teinté d’une certaine mélancolie. L’exercice de lucidité devient pour moi la seule saisie possible du vivant. Et la violence de cet exercice est en elle-même revigorante.
Ce qui a perdu Emma Bovary c’est qu’elle ne s’est pas assez entraînée pour la vie. Elle n’a pas eu de coach alors au bout du compte elle ne pouvait que mourir. Ce coach, figure démoniaque que chacun porte en soi, est devenu mon ennemi le plus redoutable. Je pourrais dire que chacun de mes textes lui est adressé. Il modélise notre rapport à tout ce qui est vivant et nous fait mourir plus sûrement qu’au XIXème siècle.
Viennent ensuite les lignes de fuite et de refus. Depuis quelque temps je les trouve dans ce qui s’invente autour des questions sexuelles, et notamment autour des enjeux soulevés par Judith Butler. Il y a là, justement, des renversements à l’œuvre. Dans Rendre une vie vivable n’a rien d’une question vaine, les asexuels sont le signe d’un renversement possible. Nous sommes au-delà de tout puritanisme, au-delà de toute rhétorique de la privation. L’asexuel s’est comme involontairement soustrait à l’injonction au désir à laquelle la plupart des vies sont soumises. Se faisant, il ouvre une béance car si la pensée s’attache à décrire l’épuisement du désir comme un symptôme, elle renonce à l’envisager comme une proposition, à envisager ce que pourrait être un projet de vie où la question se poserait autrement. L’asexuel est pour moi ce cas limite qui renverse le regard. Et j’aime la façon dont il s’acharne, sans le moindre outil théorique préexistant, à penser l’inédit. J’ai d’ailleurs très peu retouché les échanges entre asexuels trouvés sur un site internet. Tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, met en crise le socle de nos vieilles croyances devient pour moi matériau sensible de théâtre.
Éléonore Weber |
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