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Il y aura des pierres
Une femme recluse assiste à travers un écran de télévision à la lapidation d’une autre… quelque part en Afrique. La femme n’a pour compagnon de cellule que sa chienne avec qui elle noue un étrange et fantomatique dialogue. Un dialogue qui la renvoie à son passé, à ses défaillances, à un homme qu’elle a aimé et qu’elle n’a pas su garder...
Ce texte inédit de Roland Fichet vacille entre une écriture romanesque sourde, « squelettique » et une écriture plus théâtrale. La trame est née au fil d’un voyage en train au Cameroun : une femme s’est levée et a raconté à cœur ouvert sa condition de femme aux passagers inconnus.
Sans tuer on ne peut pas n’est pas une pièce de théâtre. Impossible, d’ailleurs, d’y ajouter le moindre des ornements habituels au genre. Peut-être, est-ce un opéra… Deux temps, nettement, s’y superposent : un temps fictionnel et âpre – une courte narration, et le temps réel d’une expérience du vivant, partant de ce qui remue, venant de ce qui se passe et qui fait que quelque chose a bien lieu là, devant le public et, d’une certaine manière, devant le texte.
Le texte ? la narration ? Un personnage. Véronika vit claustrée – ou plutôt ne vit pas, mais claustrée – dans son appartement. Et c’est le jour où elle se lie à une image, l’image télévisée d’une femme que l’on s’apprête à lapider, qu’elle réalise que sa vie s’était arrêtée. Il y aura des pierres, il y en a déjà, elles s’amoncellent. Véronika, là où elle est, telle qu’elle s’y trouve, ne peut ni ne veut rien ; elle n’est dans aucune puissance. Elle ne peut qu’endurer cette confrontation sans pouvoir quitter l’image. Il y aura des pierres. On les aura cherchées tranchantes – pour la douleur et pour le sang – et pas trop lourdes – pour la durée et la satisfaction du nombre de ceux qui voudront jeter. À quinze pas, on les lancera une à une sur la femme dont le corps explosera vivant. Mais, avant ? et après ? avant ? après quoi ? la lapidation n’est pas un sujet, mais un irréparable. C’est la délitescence de toute humanité.
N’avions-nous donc quitté l’animalité que pour éprouver notre insupportable supplément de bestialité ? |
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