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spectacle Terre lointaine création 2004
de Paol Keineg — mise en scène Annie Lucas

Théâtre de Cornouaille - Scène nationale, Quimper
Théâtre de Folle Pensée, Saint-Brieuc
Ce spectacle bénéficie de l'aide à la création d'œuvres dramatiques
du Ministère de la Culture et de la Communication (DMDTS)

 
 
 
  
  
 
 
 
 
 


Mise en scène
vidéo / lumière / son

La création de Terre lointaine intervient à un moment clé dans l'évolution de la technologie du spectacle. Nous vivons en effet une importante période de mutation qui voit l'informatique s'imposer dans tous les domaines : univers sonore, vidéo, lumière et scénographie conçues à partir d'imageries numériques... Pour la création de Terre lointaine, Annie Lucas a souhaité s'entourer d'une équipe qui explore avec elle le croisement entre ces nouvelles technologies et l'art théâtral : Jacques Hoepffner, artiste vidéaste, François Possémé, musicien-créateur de l'univers sonore, et Xavier Boyaud, scénographe-réalisateur lumière.

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« Accueillir les fantômes »
par Laurent Quinton — 12 février 2004

Une réflexion sur la place de l’image et du son — déjà entamée l’année dernière lors du Chantier Keineg à la Scène nationale de Quimper — est au cœur de la démarche artistique. Ici, la vidéo et le matériau sonore ne sont pas utilisés comme des hochets technologiques et des leurres scénographiques. Les matériaux vidéo et sonore sont d’abord une grammaire et une orthographe scéniques. Avec eux, la mise en scène écoute le texte, et lui parle à son tour, mais dans une langue différente, nouvelle, impalpable....

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Vu en répétition
par Marine Bachelot — 22 février 2004

Reprise de la scène 11 de Terre lointaine. En Afrique, sans doute vers 1905 : Roger Casement et Joseph Conrad devisent au bord du fleuve Congo.

Charlie Windelschmidt / Casement est allongé au sol, parmi des cadres blancs ou transparents de plusieurs dimensions posés sur le plateau. Derrière lui, des rideaux de cristal, des panneaux de tulle, des voiles sombres — constituant autant de surfaces de projection possibles — structurent l’espace et lui donnent des épaisseurs, des profondeurs...

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Intentions de mise en scène
par Annie Lucas

Le théâtre occidental est né en même temps que la politique : la cité athénienne invente deux assemblées en même temps, celle des citoyens et celle des spectateurs.

Terre lointaine s’adosse à cette tradition d’un art noué au destin de la cité : la pièce évoque la tension entre un destin individuel et le cours de l’histoire. Casement, engagé tardivement dans le soutien aux luttes d’émancipation de l’Irlande, doute de l’efficacité historique de son choix. C’est un homme en crise, clivé par le doute, impuissant à résoudre son conflit intérieur — « Ton suicide à toi, c’est l’échafaud. » lui dit Mariette.

Comment représenter l’histoire ? Comment la scène peut-elle rendre compte des problèmes des républicains irlandais, de leur alliance avec l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale, des questions soulevées par la colonisation sans se transformer en tribune ?

Mais il ne faudrait pas se fonder sur la filiation de Terre lointaine avec une littérature théâtrale politique et historique pour recourir à des instruments scéniques hérités du passé. Je pense en particulier à l’épique brechtien qui instaure une assurance des formes, une lisibilité militante qui me paraît difficile à admettre aujourd’hui, où le politique ne semble acceptable que s’il échappe au discours univoque péremptoire.

Il me paraît plus urgent, plus important, de faire entendre les balbutiements de Casement, son hésitation quasi métaphysique et pour cela, éviter la fresque et l’épopée, explorer plutôt la pièce à partir de son versant intime, de son tremblement.

Pour mettre en scène Terre lointaine, il ne faut pas, me semble-t-il, partir de l’équation un personnage égale un acteur.

En effet, les personnages, pour une part importante d’entre eux, sont saisis uniquement dans leur rapport de classe ou de pouvoir. Il s’agit davantage de voix, de figures, de silhouettes… La scène offre d’autres ressources que la seule incarnation pour les aborder.

Je pense en particulier à l’écriture scénique singulière qu’offre le recours à l’image en direct ou enregistrée. Le Chantier Paol Keineg a permis de vérifier la pertinence de cette hypothèse.

Je pense aussi à la présence en scène et à la manipulation de pantins.
Enfin, le recours aux voix multiples, aux formes chorales est une autre des pistes qu’il conviendra d’explorer lors de la création.

 
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