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spectacle Tu supposes un coin d'herbe création 2005, repris en 2007 et 2008
texte et mise en scène Éléonore Weber

production : Théâtre de Folle Pensée, compagnie conventionnée, Saint-Brieuc //
en coproduction avec : Théâtre National de Bretagne, Centre européen théâtral et chorégraphique, Rennes / Compagnie La place, Paris

Immunisés  
 
 
 
 
 
 
 


Immunisés

Il y a l'auteur, à qui le texte est adressé, la cruauté des logiques qu'elle met en place dans son rapport à l'autre, à l'amour, à la perte, son identité sexuelle flottante. La traduction scénique de sa présence est en partie liée à des projections vidéo d'entretiens, parole à la texture documentaire où se cherche la jonction de l'intime et du politique.

Il y a le jeune homme et la jeune femme, couple de fiancés virtuel, sortes d'avatars, leurs corps progressivement empêchés. Ils s'offrent comme un scénario ouvert, tissé d'hypothèses qu'on retient ou qu'on laisse filer. Les accidents qu'ils subissent ne provoquent paradoxalement aucune souffrance.

Il y a ce coin d'herbe qui ressemble aux aires de repos vendues un peu partout, jamais aussi tranquille qu'on l'aurait souhaité, espace de dérision où l'on tente de donner forme à sa propre vacuité, odeur de pluie, de terre mouillée.

L'inquiétante ambiance que diffuse le texte est à chercher du côté de la perte. Tout est perdu, même la souffrance. Perte de gravité, dans les deux sens du terme, sous tous les angles : face, profil, dos. On distend les liens phrase après phrase, on se délie, on s'absente de toute appartenance, on lisse, on aplatit les émotions générées par le fait d'appartenir au monde, à la famille, à l'autre.

Le réel devient particulièrement tranchant lorsqu'il n'est plus possible de regarder le monde avec l'idée qu'on peut le changer. Mais sommes-nous encore capables d'être « tranchés » ? Ne devenons-nous pas, au même moment où nous n'avons plus prise sur ce qui nous arrive, des êtres immunisés, hors d'atteinte, absents à nous-mêmes ? Le dispositif de la pièce tente de restituer la violence de cet éloignement, montrer comment cette sorte d'engourdissement atteint nos sphères les plus intimes. Exercice de lucidité en quelque sorte, autour de ce qui fait que nous n'avons plus accès à nos propres émotions, de la déroute du politique, d'une sexualité à réinventer. On meurt souvent dans ce texte, d'une mort qui n'est ni douce ni violente, peut-être d'une mort qui n'est tout simplement pas là. C'est par une chaîne d'hypothèses qu'on s'approche de soi, qu'on s'approche de l'autre. Et cette façon de toujours supposer est menacée par différents retours du réel : corps contraints des amants effarés, douches froides…

 
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