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Nous mener l'air de rien à avouer
des raisonnements ignobles
Éléonore Weber
Il y a sans aucun doute une dialectique de
la cruauté et de la douceur dans Tu supposes un coin d'herbe. Il y a le sentiment dun monde régi par un déphasage avec le réel, un monde où la violence des impacts serait la plupart du temps détournée. Cette sorte déloignement se traduit pour moi par la simplicité dune langue qui peut nous mener lair de rien à avouer des raisonnements
ignobles. Cest bien en chuchotant, comme en passant, quon dit les pires choses.
Concurrence, profusion, sensation que tout se vaut imprègnent nos liens les plus intimes, ceux-là même dont on pensait quils étaient à labri du dehors, à labri des systèmes, à labri justement des modèles et de leurs injonctions. Cest l'articulation de lintime et du politique qui mintéresse ici. Et je voudrais explorer cette forme adoucie de cruauté qui s'immisce dans la vie de chacun.
Cela passe par une mise en scène de nos logiques honteuses : elles surgiraient là où on ne les attendait pas, viendraient nous surprendre dans un état d'innocence ou de jubilation idiote. Cela passe aussi par un dispositif où le texte et la mise en scène se retournent contre celle qui les a initiés. |