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À la rencontre du bonhomme Jarry
Né en 1873 à Laval, Alfred Jarry habite Saint-Brieuc entre 1879 et 1888. C’est là qu’il compose, à l’âge de 12 ans, ses premiers textes — des comédies en vers et en prose — réunis plus tard sous le titre Ontogénie.
À propos de lui-même, Jarry évoque « une impossibilité douloureuse d’être naturellement au monde ». De fait, jamais dans son œuvre il n’essaie de nous rejoindre. Il déroule son univers chaotique, anarchique, où se côtoient le simple et le complexe, le précieux et le scatologique, le sérieux et le grotesque.
Alfred Jarry invente une nouvelle science : la pataphysique, la « science des exceptions » ou la « science des solutions imaginaires » dont le premier spécialiste est le docteur Faustroll. La pataphysique opère par inversion du point de vue commun : « Au lieu d'énoncer la loi de la chute des corps vers un centre, que ne préfère-t-on celle de l'ascencion du vide vers une périphérie ? ». Elle pose en absolu l'équivalence des contraires. Cette discipline est en même temps profondément sérieuse et totalement dérisoire, complètement absurde et philosophiquement essentielle, condensée d'humour et d'onirisme.
Précurseur du théâtre de l'absurde, ancêtre des surréalistes, Jarry a inspiré de très nombreux auteurs tels que Samuel Beckett, Eugène Ionesco, Raymond Queneau, Jean Genet, et plus près de nous, Valère Novarina, Christian Prigent, Jean-Pierre Verheggen. Son œuvre est riche et variée (roman, théâtre, poésie). La pièce Ubu roi est l’œuvre la plus connue de Jarry.
Dans sa propre vie, Jarry aime se faire appeler du nom de ses personnages : Père Ubu ou docteur Faustroll. Il prend alors le phrasé qu’il désire entendre sur scène : monocorde et détaché. Passionné de revolvers (chargés) et de bicyclette, Alfred Jarry traverse la fin du XIXe siècle et le début du XXe à toute allure (il meurt à 34 ans d’une méningite tuberculeuse) et nous laisse une œuvre furieuse, insolente, inclassable.
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